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Ligue de Défense des Personnes Trans - Europe

Site destiné à information et action pour la protection des personnes dites "trans". Site destined for information and action in the protection of transgender people

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Cri de coeur - d'un parent, "trans", mais parent

 

Le mépris

Madame, Monsieur les juges, je voudrais – avant que les débats sur ce divorce ne soient clos – toucher quelques mots sur une procédure qui, de A à Z, a été d’un mépris total pour mes enfants, pour moi en tant que parent et pour moi en tant que personne.

Si je continue à me battre dans une situation difficile qui dure depuis des années, si je vais continuer à le faire, c’est en raison de ce mépris total pour nos vies et notre vécu.

Le mépris des enfants

Le mépris pendant toute cette procédure pour mes enfants est avéré. 

Depuis le début, la solution de résidence unique a été non seulement contraire à leur volonté mais aussi contraire à leurs intérêts. L’expert l’a dit, ils l’ont dit, la baisse de leurs résultats scolaires, les troubles dans le comportement à l’école, le renvoi de l’un d’eux à la fin de l’année scolaire suivant la séparation en témoignent tous. 

J’essaie, en dépit de la situation, de rester le plus près d’eux possible.

Mais ce n’est pas suffisant pour eux.  Ils l’ont dit, le disent toujours.  C’est normal, car j’avais toujours été impliquée de façon intensive dans leurs vies.

Le mépris pour eux se manifeste dans ce non respect  de leurs volontés et de leurs vies.

Qu’on balaie d’un revers de manche les enfants quand ils disent qu’ils veulent vivre avec moi, c’est incompréhensible, car toutes les conditions pour une résidence sont réunies.

Le mépris pour moi en tant que parent

Pendant cette procédure, il n’y a jamais eu de doute – en dépit du dénigrement, des demi-vérités et des mensonges de mon la partie adverse – de mon implication intensive dans la vie des enfants depuis leur naissance : les nuits, le jonglage, l’implication avec les écoles, les médecins, les activités, le retour à la maison à 16h pour donner les bains, donner à manger, coucher les enfants pour repartir au travail. J’avais toujours assuré pleinement mon rôle de parent à part entière, au point où mon la partie adverse me le reprochait.  

C’est normal -  le contraire aurait été étrange.

Or, en dépit de cette implication tout le long de leurs vies, je me trouve réduite à une condition où

  • Je ne peux plus s’occuper de mes propres enfants les jours d’école,
  • mes enfants ne peuvent plus dormir chez moi les nuits d’école,
  • je ne peux plus les amener à l’école,
  • je dois m’occuper des devoirs en pointillé et à distance,
  • je suis de fait écartée de certaines décisions,
  • je dois me battre pour que les écoles m’informent,
  • je vais voir mes 90 jours encore réduits avec le changement du calendrier scolaire.
  • J’ai perdu 3 ans de vie avec mes enfants en 4 ans 

C’est nocif pour eux, vexant et humiliant pour moi, injustifié pour tous : un mépris total des vies de la majorité des personnes concernées.

Le mépris pour moi en tant que personne

Enfin, si on parle du mépris pour moi en tant que personne, je vous rappelle que le code civil et le code pénal s’appliquent sans distinction à tout le monde ici, même les personnes qui ont fait le même type de changement que moi.  Mais quand on regard, dans les faits et dans les conséquences, cette procédure a été source

  • d’humiliation et de vexation, en me traitant publiquement et officiellement de travesti(e) en dépit d’un changement qui est terminé depuis plus de 3 ans.  C’est une atteinte à ma dignité.
  • de souffrance, liée à l’utilisation de l’ancienne identité, au profit de l’abstraction et du papier, en dépit de plusieurs demandes de ma part et en dépit d’une situation d’état civil suffisamment complexe pour le permettre.
  • d’un déménagement forcé, en pleine transition, sans papiers d’identité concordants, m’exposant aux violations de mon intimité vis-à-vis des personnes qui n’avaient aucun besoin de connaître ma situation, mais également à la discrimination dans mes recherches.
  • de l’imposition d’un choix impossible entre mon intimité et la poursuite de mes droits parentaux en justice.
  • de l’imposition d’un choix impossible entre mon intimité et produire un jugement qui prouve mon autorité parentale vis-à-vis des personnes qui n’ont pas besoin de connaître ma situation. 
  • de l’imposition d’un choix délicat entre mon intimité et ma capacité de prouver une séparation de corps (et de biens),

Si on fait l’inventaire de l’ensemble des violations spécifiques que j’ai dû subir en raison de cette procédure, on voit en effet des atteintes à :

  • l’article 9 du code civil, qui assure le droit à la vie privée et contre toute atteinte à l’intimité
  • le principe d’égalité des droits et la capacité de poursuivre ses droits en justice
  • l’article 16 du code civil, qui assure la primauté de la personne et interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci
  • le principe à valeur constitutionnelle de la sauvegarde de la dignité de la personne (Décision n° 94-343/344 DC du 27 juillet 1994 du Conseil Constitutionnel)
  • l’article 225-1 du code pénal

C’est un mépris total pour moi en tant que personne, une violation massive de mes droits et en contradiction totale avec les principes et valeurs de cette République.

Conclusion

En conclusion, j’ai espoir que cette procédure va en finir avec son mépris et enfin respecter réellement

  • mes enfants,
  • moi en tant que parent,
  • moi en tant que personne,
  • les valeurs et les principes fondamentaux de la République. 

Ce serait une conclusion, enfin digne, d’une procédure qui ne l’a jamais été jusqu’ici.

Je vous remercie.

 

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