Site destiné à information et action pour la protection des personnes dites "trans". Site destined for information and action in the protection of transgender people
14 Juillet 2016
Observations et recommandations concernant les dispositions de changement d’état civil pour les personnes « trans »
(Projet de Loi sur la modernisation de la justice au XXIème siècle, texte n° 792, amendement 18 quater)
Note établie à l’attention de Monsieur le Président de la Commission des Lois du Sénat
le 26 juillet 2016
Samantha Montfort
Les informations et autres éléments proposés dans cette note le sont pour les besoins de discussion et de réflexion. Malgré tout le soin apporté à la vérification et à l’élaboration des contenus et des informations, ces informations, contenus et autres éléments ne sauraient, de quelque manière que ce soit, engager la responsabilité de ses auteures.
Table de matieres
Discussion......................................................................................................................... 2
I. Observations principales – lacunes critiques................................................. 2
II. Exemples concrets de situations problématiques engendrées par le Projet de Loi dans son état actuel....................................................................................................................... 4
Tableaux récapitulatifs des problématiques posées...................................................................................... 6
III. Recommandations.................................................................................................... 7
Annexes.............................................................................................................................. 9
Annexe 1 – La perte de couverture sociale des enfants d’une personne trans, sans changement des actes les concernant (livret de famille et actes de naissance avec filiation) 10
Annexe 2 – Extraits de l’arrêt du TA de Paris du 15 juillet 2015.................... 15
Annexe 3 – Propositions de reformulation des articles 61-5 à 61-7 proposés dans le Projet de Loi (amendement 18 quater)...................................................................................... 16
A. Avec maintien de la procédure devant le TGI (cf. ci-dessous pour la procédure devant l’officier d’état civil)............................................................................................................................................................................................................ 16
B. Avec procédure devant l’officier d’état civil.............................................................................................. 17
Nous avons lu avec grande attention l’amendement 18 quater au Projet de Loi sur la Modernisation de la Justice au XXIème siècle, au sujet du changement d’état civil des personnes dites « trans » (adjonction d’une section 2bis au chapitre II du titre II du livre Ier du code civil, avec des nouveaux articles 61-5 à 61-8). Bien que nous nous réjouissions des avancées réelles sur certains points, des lacunes critiques appellent des modifications afin que ces personnes puissent pleinement remplir leurs obligations familiales, sociétales et professionnelles et que leurs droits et leur dignité soient pleinement respectés. Ces recommandations sont l’objet de cette note.
Les lacunes principales concernent :
Il n’existe aucun obstacle en droit français pour la rectification de ces lacunes.
Concernant la protection des intérêts des enfants des parents « trans », pour rappel, environ 38 % des personnes trans sont ou ont été mariées ou pacsées et le nombre d’enfants de parents trans en France s’élèverait à environ 10 000, avec un taux moyen de parentalité qui se situe à environ 39 % (52 % pour les personnes trans « homme vers femme »). 1 personne trans sur 5 a un ou plusieurs enfants dépendants au moment de sa transition (1 sur 4 pour les personnes trans « homme vers femme »). Les divorces et séparations sont fréquents (60 % du temps dans le cas des personnes trans « homme vers femme ») lors d’une transition et un tiers des conjoints réussit à limiter significativement, voire interdire, les contacts avec les enfants et de réduire au maximum la portée réelle de l’autorité parentale du parent trans[1]. Bien que le dépit et l’hostilité de certains parents non trans puissent être compréhensible, il n’est pas le rôle de l’Etat de prendre partie. Or, ce n’est malheureusement pas le cas.
D’une part, à un contexte interpersonnel, très souvent conflictuel et difficile (cf. alinéa suivant), s’adjoignent des complexités – imputables directement à l’Etat - extrêmement problématiques venant du non changement des documents d’état civil relatifs à la famille (livret de famille, acte de mariage, actes de naissance des enfants). Sans des documents reflétant la nouvelle identité, la « présomption d’autorité parentale » (article 372-2 du code civil[2]) est hypothéquée à la bonne volonté – trop souvent absente – de l’autre parent, rendant, pour le parent « trans », la capacité de remplir ses obligations, de bénéficier de ses droits et d’exercer son autorité parentaux au mieux problématique, au pire impossible. Le risque sanitaire et financier pour les enfants ne peut pas être occulté (cf. annexe 1 et exemples dans le chapitre suivant).
D’autre part, l’acceptation presque sans exception par des tribunaux, « au nom du peuple français », des arguments hostiles des conjoints[3], non seulement envenime un conflit souvent très important entre les deux parents, mais créé également une situation extrêmement dommageable pour les enfants, avec privation de contact régulier avec le parent trans et internalisation par l’enfant de l’hostilité du conjoint non trans qui s’estime lésé à l’égard du parent « trans ». La souffrance de ces enfants est réelle (échec scolaire, dépression, …)[4].
La nature judiciaire de la procédure (articles 61-5 et 61-6) fait l’objet d’une recommandation spécifique, distincte. Il est à signaler que les dispositions contenues dans le projet de loi (sur l’article 60 du code civil, sur le divorce par consentement mutuel) permettraient une déjudiciarisation[5].
Des exemples concrets de situations problématiques engendrées sans modification des dispositions actuellement proposées sont multiples (cf. tableaux récapitulatifs en fin de section).
Ces exemples sont des cas réels ou basés par extension sur des cas existants.
Cf. Annexe 1
Exemples de situations contraires à l’intérêt de l’enfant
Deux enfants sur trois concernés par ce divorce ont par la suite était en situation d’échec scolaire et de difficultés comportementales, allant jusqu’à une opposition et une méfiance vis-à-vis de toute autorité.
En effet, selon le Tribunal Administratif de Paris dans son arrêt du 15 juillet 2015 :
dès lors que les actes de naissance de l’intéressée comportent des mentions pouvant porter une atteinte grave à sa vie privée et familiale, notamment sur son identité sexuelle, il doit être enjoint, dans une situation d’urgence que caractérise la possibilité d’accès, à tout moment, par des tiers, auxdits documents d’état civil, au ministère des affaires étrangères et du développement international de ne pas communiquer sous quelque forme que ce soit à et quelque personne que ce soit, hormis la requérante, des extraits d’acte de naissance ou de mariage de cette dernière, […]
Spécifiquement par rapport à ce point, il nous semblerait paradoxal d’entériner une pratique qui viole les droits des personnes concernées dans une loi visant à les protéger, alors que des exemples protecteurs des droits existent déjà en droit français et à l’étranger et cette solution avait déjà été proposée dans la proposition de loi Caillavet en 1982 sur le même sujet, il y a maintenant 34 ans[8].
Exemples de situations problématiques engendrées par le non respect du droit à la vie privée et familiale
Vie Privée et Familiale
Domaine
Atteinte à l’intimité, avec entrave aux obligations et aux droits
Choix entre intimité et …
Risque d’atteinte à l’intimité physique
Etat civil vecteur de discrimination
Commentaires
Avant changement d’état civil (sans garantie réelle de délais)
Permanente
Directe
Indirecte
Tous les aspects de la vie quotidienne
þ
þ (en cas de besoin de livret de famille, d’acte de mariage, d’acte de naissance des enfants, d’acte de naissance de la personne trans)
Inscrire ses enfants
Vendre un bien immobilier
Payer par chèque, obtenir un prêt, retirer un recommandé à la Poste, etc., etc., etc.
þ
þ
Refus d’inscription des enfants dans les polices d’assurance, dans les activités extra-scolaires, refus d’ouverture de compte bancaire d’un enfant mineur, …
Accès aux soins
þ (personne concernée et ses enfants)
þ (pour enfants de personnes trans)
Se faire soigner
þ
Refus de soins
Refus d’admission pour hospitalisation des enfants
Refus de tiers payant (numéro provisoire)
Relations avec l’administra-tion
þ (démarches quasi-impossibles)
þ (pour tout besoin ou demande d’acte de naissance, de livret de famille, d’acte de mariage ou d’acte de naissance des enfants ;
pour tout renouvellement titre de séjour vie privée et familiale)
Toute relation avec l’administration
þ
þ
Refus de prestations pour soi et pour ses enfants ;
Refus de passeport / de CNI pour les enfants ;
Refus de carte famille ;
Refus de renouvellement de titre de séjour « vie privée et familiale »
Relations avec la justice
þ
þ (pour tout besoin d’acte intégral, de livret de famille, d’acte de mariage ou d’acte de naissance des enfants ; pour des jugements non rectifiés après changement)
Toute relation avec la justice
þ
þ
Entrave de fait à la poursuite de ses intérêts en justice
Logement
þ
þ (achats / ventes de immobiliers)
Se loger dignement
þ
þ
Production de copie intégrale d’acte de naissance pour la vente d’un bien immobilier
CNI / passeport, chèque de caution et production bulletins de salaire
Scolarité
þ
þ (pour les mineurs jusqu’à 18 ans)
þ (scolarisation enfants)
Scolarisation
þ (pour les mineurs jusqu’à 18 ans)
þ
þ
Refus d’inscription de l’enfant
Agressions physiques et sexuelles sur mineurs « trans »
Autorité parentale
þ
þ
Poursuite de ses droits parentaux en justice
Exercice effectif de l’autorité parentale
þ
þ
Impossible ou extrêmement problématique d’exercer normalement son autorité parentale : absence de preuve à l’Etat civil (via l’acte de naissance de l’enfant ou le livret de famille) de filiation
Domaine
Atteinte à l’intimité, avec entrave aux obligations et aux droits
Choix entre intimité et …
Risque d’atteinte à l’intimité physique
Etat civil vecteur de discrimination
Commentaires
Avant changement d’état civil (sans garantie réelle de délais)
Permanente
Directe
Indirecte
Tous les aspects de la vie quotidienne
þ
þ (en cas de besoin de livret de famille, d’acte de mariage, d’acte de naissance des enfants, d’acte de naissance de la personne trans)
Inscrire ses enfants
Vendre un bien immobilier
Payer par chèque, obtenir un prêt, retirer un recommandé à la Poste, etc., etc., etc.
þ
þ
Refus d’inscription des enfants dans les polices d’assurance, dans les activités extra-scolaires, refus d’ouverture de compte bancaire d’un enfant mineur, …
Accès aux soins
þ (personne concernée et ses enfants)
þ (pour enfants de personnes trans)
Se faire soigner
þ
Refus de soins
Refus d’admission pour hospitalisation des enfants
Refus de tiers payant (numéro provisoire)
Relations avec l’administra-tion
þ (démarches quasi-impossibles)
þ (pour tout besoin ou demande d’acte de naissance, de livret de famille, d’acte de mariage ou d’acte de naissance des enfants ;
pour tout renouvellement titre de séjour vie privée et familiale)
Toute relation avec l’administration
þ
þ
Refus de prestations pour soi et pour ses enfants ;
Refus de passeport / de CNI pour les enfants ;
Refus de carte famille ;
Refus de renouvellement de titre de séjour « vie privée et familiale »
Relations avec la justice
þ
þ (pour tout besoin d’acte intégral, de livret de famille, d’acte de mariage ou d’acte de naissance des enfants ; pour des jugements non rectifiés après changement)
Toute relation avec la justice
þ
þ
Entrave de fait à la poursuite de ses intérêts en justice
Logement
þ
þ (achats / ventes de immobiliers)
Se loger dignement
þ
þ
Production de copie intégrale d’acte de naissance pour la vente d’un bien immobilier
CNI / passeport, chèque de caution et production bulletins de salaire
Scolarité
þ
þ (pour les mineurs jusqu’à 18 ans)
þ (scolarisation enfants)
Scolarisation
þ (pour les mineurs jusqu’à 18 ans)
þ
þ
Refus d’inscription de l’enfant
Agressions physiques et sexuelles sur mineurs « trans »
Autorité parentale
þ
þ
Poursuite de ses droits parentaux en justice
Exercice effectif de l’autorité parentale
þ
þ
Impossible ou extrêmement problématique d’exercer normalement son autorité parentale : absence de preuve à l’Etat civil (via l’acte de naissance de l’enfant ou le livret de famille) de filiation
Vie professionnelle
Domaine
Atteinte à l’intimité, avec entrave aux obligations et aux droits
Choix entre intimité et …
Risque d’atteinte à l’intimité physique
Etat civil vecteur de discrimination
Commentaires
Avant changement d’état civil (sans garantie réelle de délais)
Permanente
Directe
Indirecte
Embauche
þ
Travailler
þ
NIR, pièces d’identité
Créer une société (statuts)
þ
þ
Exercer une activité économique
þ
Impossibilité de changer les documents (statuts, …) datant d’avant le changement qui sont disponibles sur Internet. Problèmes vis-à-vis des clients potentiels
Travail non salarié
þ
þ
Exercer une activité économique
þ
Vis-à-vis des clients potentiels
NIR
þ
Droits à la retraite
Pole emploi
þ
Allocations chômage
Régimes obligatoires, complémentaires, prestations CE
þ
þ
(inscription enfants ; droits à la retraite)
Prestations, couverture sociale et financière des enfants
þ (inscription enfants)
þ
Si l’employeur n’était pas précédemment au courant
Accueil en entreprise
þ
Remplir ses obligations professionnelles
Voyages d’affaires
þ
Voyager pour le travail
þ
Nos recommandations sont synthétisées dans le tableau suivant :
Problématique
Recommandations associées
Articles applicables et commentaires éventuels
La protection de l’intérêt de l’enfant
- Réémission du livret de famille (sans traçage du parcours trans de la personne)
- Changement via mention marginale des autres actes d’état civil concernant la personne : acte de mariage et actes des enfants (consentement demandée seulement en cas de rectification intégrale)
- Principe de non-discrimination sur la base de l’identité sexuelle dans les décisions concernant la résidence et le droit de visite et d’hébergement
Art. 61-7
Les extraits des actes ne comportent pas d’indication quant à l’ancienne identité, car accessibles à tout tiers qui en ferait la demande, sans justification de sa qualité
Le non-respect du droit au respect de la vie privée et familiale, avec le risque corollaire d’exposition au harcèlement, à la violence et à la discrimination
- Réémission de l’acte de naissance de la personne trans (sans traçage du parcours trans)
- Réémission du livret de famille (sans traçage du parcours trans de la personne)
- Changement via mention marginale des autres actes d’état civil concernant la personne : acte de mariage et actes des enfants (consentement demandée seulement en cas de rectification intégrale)
- Possibilité (voire obligation) de changer ou mettre sous scellés l’ensemble des documents et données concernant la personne en conformité avec l’état civil (prénoms, sexe, civilités/ genre associés), y compris statuts, attestations de travail, diplômes, jugements, baux, transactions immobilières, bases de données, archivages informatisés, etc.
La réécriture de l’article 61-7 est basée sur les dispositions des articles 354 et 370-5 du Code civil, avec remplacement de l’ancien acte de naissance qui devient nul. Elle est également cohérente avec la formulation proposée il y a bientôt 35 ans, dès 1982, dans la proposition de loi Caillavet sur le sujet, dans son article 7 : « Tout changement d'état civil efface les précédentes mentions. Personne ne peut s'y opposer. »[9]
Les extraits des actes, accessibles à tout tiers qui en ferait la demande, sans justification de sa qualité, ne comportent pas d’indication quant à l’ancienne identité.
L’absence de réelle garantie sur les délais
- Raccourcissement des délais (dans les meilleurs délais)
- Procédure non judiciarisée
Art. 61-5
La situation des mineurs
- Ouverture à la procédure aux mineurs, via leur représentant légal ou le juge aux affaires familiales
Art. 61-5 et 61-6
La situation des étrangers (titre de séjour) régulièrement établis en France, notamment si le droit étranger serait moins favorable, voire là où le pays étranger refuse des changements et le flou sur les jugements étrangers
- Prise en compte de la situation des étrangers ne pouvant pas modifier les documents dans leur pays
- Prise en compte des jugements étrangers
Art. 61-6 et 61-7
Autres
- Procédure gracieuse et sans avocat si devant TGI
Art. 61-6
Cf. Annexe 3 pour des propositions de reformulation
Exemple concret
Parent « trans » de trois enfants mineurs français, avec perte de la couverture maladie des enfants
Avec le refus de mise à jour de du livret de famille (cf. 2, ci-dessous) et des actes de naissance des enfants (cf. 3, ci-dessous) pour refléter le changement du parent, le lien de filiation ne peut plus être établi au vu de ceux-ci et les enfants risquent en conséquence de perdre leur couverture maladie (cf. 1, lettre du RSI, ci-dessous).
… contredites par le Ministère de la Justice
Le Tribunal Administratif de Paris dans son jugement du 15 juillet 2015 (n° de dossier 1511692/9) a statué que la communication des copies intégrales et les extraits de ces actes avec « mentions marginales » portent une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales, notamment au respect dû à la vie privée.
« - la convention européenne des droits de l’homme et de sauvegarde des libertés fondamentales [les articles 3, 8 et 14 avaient été cités par la requérante],
- le code de la santé publique [article 1110-4],
- le code pénal [articles 225-1, 226-19 et 226-23],
- le code civil [articles 3, 5, 9, 16, 354 et 370-5],
- la loi n° 78-17 [sur l'informatique et libertés, articles 8, 39 et 40],
- la loi n° 2004-801 [relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements de données à caractère personnel],
- la loi n° 2008-496 [portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations],
- le code de justice administrative ; »
Le Tribunal a trouvé :
« Considérant que, dès lors que les actes de naissance de l’intéressée comportent des mentions pouvant porter une atteinte grave à sa vie privée et familiale, notamment sur son identité sexuelle, il doit être enjoint, dans une situation d’urgence que caractérise la possibilité d’accès, à tout moment, par des tiers, auxdits documents d’état civil, au ministère des affaires étrangères et du développement international de ne pas communiquer sous quelque forme que ce soit à et quelque personne que ce soit, hormis la requérante, des extraits d’acte de naissance ou de mariage de cette dernière, […] ;
« 4. Considérant qu’il y a lieu, dans l’intérêt de la protection de la vie privée de la requérante, d’enjoindre au ministère des affaires étrangères et du développement international de faire parvenir à cette dernière la liste, si elle a été conservée, des personnes ayant été destinataires des extraits ou des copies intégrales de son acte de naissance et, le cas échéant, de son acte de mariage, en possession du service central de l’état civil ; »
et à ordonné :
« Article 1er : Il est enjoint au ministère des affaires étrangères et du développement international (service de l’état civil)
de faire parvenir à Mme XXX la liste, si elle a été conservée, des personnes ayant été destinataires des extraits ou des copies intégrales de son acte de naissance et, le cas échéant, de son acte de mariage et
de ne pas communiquer les documents portant sur les actes (ou extraits) d’actes de naissance et de mariage de Mme XXX sans son consentement. »
En dehors de toute question de modification de la procédure proposée (cf. section B, de l’annexe, ci-dessous), les reformulations et adjonctions conformes aux recommandations formulées dans cette note pourraient être les suivantes (modifications en gras).
« Art. 61-5. – Toute personne majeure ou mineure émancipée qui démontre par une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe à l’état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue peut en obtenir la modification. S’il s’agit d’un mineur non-émancipé ou d’un majeur en tutelle, la demande est remise par son représentant légal ou à défaut par le juge aux affaires familiales.
« Le demandeur fait état de son consentement libre et éclairé à la modification de la mention relative à son sexe à l’état civil et produit tous éléments de preuve au soutien de sa demande.
« Le seul fait de ne pas avoir subi des traitements médicaux, une opération chirurgicale ou une stérilisation ne peut motiver le refus de faire droit à la demande.
« Le tribunal constate que le demandeur satisfait aux conditions fixées à l’article 61-5 et ordonne la modification, dans les meilleurs délais sous trois mois, de la mention relative au sexe ainsi que, le cas échéant, des prénoms, à l’état civil.»
« Art. 61-6. – [à la fin] La demande est instruite et jugée dans les meilleurs délais. Personne ne peut s’y opposer. Au delà de trois mois, la demande est réputée acceptée.
« La procédure est gracieuse et ne nécessite pas d’avocat.
« Les modifications d’état civil par jugement, acte administratif ou autre procédé usuel et régulièrement obtenues à l’étranger, sont opposables en France, sur simple production des documents avec traduction certifiée conforme.
« Pour les étrangers titulaires d’un titre de séjour, une modification ordonnée en France ou à l’étranger, par voie judiciaire, administrative ou autre procédé usuel, fonde le changement des mentions de sexe et de prénoms sur le titre de séjour, même si l’acte originaire étranger n’a pas été modifié. »
cf. ci-dessous, page suivante, pour une reformulation complète alternative conforme aux nouvelles dispositions proposées pour l’article 60 du code civil dans le même amendement.
« Art. 61-7. « Dans les quinze jours de la date à laquelle elle est acceptée ou réputée acceptée, la rectification des mentions d’état civil est transcrite sur les registres de l’état civil à la requête du procureur de la République.
« L’acte rectifié énonce le jour, l’heure et le lieu de la naissance, le sexe de l’intéressé ainsi que les prénoms tels qu’ils résultent de la demande acceptée de rectification de sexe, les prénoms, noms, date et lieu de naissance, profession et domicile des parents. Il ne contient aucune indication relative au sexe et aux prénoms figurant sur l’acte de naissance originaire et le cas échéant, l’acte de naissance établi en application de l’article 58.
« L’acte originaire est frappé de nullité.
« L’acte rectifié tient lieu d’acte de naissance d’origine de l’intéressé.
« Les changements opérés s’appliquent à l’ensemble des actes d’état civil et documents administratifs concernant la personne. Les actes de l’état civil des conjoints et enfants ne sont modifiés intégralement qu’avec le consentement des intéressés ou de leurs représentants légaux.
« Lorsque l’intéressé est né à l’étranger, la rectification est effectuée sur les registres du service central d’état civil du ministère des affaires étrangères.
« Une copie du livret de famille est réémis avec les éléments ordonnés dans l’article 61-5, sans mention marginale. »
Mention des décisions de modification du sexe et, le cas échéant, des prénoms est portée en marge de l’acte de naissance de l’intéressé, à la requête du procureur de la République, dans les quinze jours suivant la date à laquelle ces décisions sont passées en force de chose jugée.
« Par dérogation à l’article 61-4, les modifications de prénoms corrélatives à une décision de modification de sexe ne sont portées en marge des actes de l’état civil des conjoints et enfants qu’avec le consentement des intéressés ou de leurs représentants légaux.
« Les articles 100 et 101 sont applicables aux modifications de sexe.
Ajout :
L’article 373-2-11 du code civil est ainsi modifié :
Après 6° est ajouté un dernier alinéa :
« Tout jugement fondé en tout ou partie sur une des distinctions entre personnes prohibées à l’article 225-1 du code pénal est nul et sans effet. »
Concernant les articles 61-5 et 61-6, une reformulation de la procédure – conforme à la formulation proposée pour l’article 60 du code civil dans le même amendement – pourrait être la suivante (les autres propositions de reformulation restant inchangées, elles ne sont pas reprises ici) :
« Art. 61-5. – Toute personne peut demander à l’officier de l’état civil le changement de la mention du sexe et, le cas échéant, de prénoms sur son acte de naissance. S’il s’agit d’un mineur ou d’un majeur en tutelle, la demande est remise par son représentant légal. S'il s'agit d'un enfant mineur, son consentement personnel est requis.
« Art 61-6. - Le demandeur fait état de son consentement libre et éclairé à la modification de la mention relative à son sexe à l’état civil. La demande est remise à l’officier de l’état civil du lieu de résidence ou du lieu où l’acte de naissance a été dressé. Pour les personnes nées à l’étranger, la demande s’effectue auprès du Service Central d’Etat civil.
« La demande est traitée dans les quinze jours.
« Le changement de sexe et, le cas échéant, de prénoms est inscrite sur le registre de l’état civil.
« S’il estime que la demande ne revêt pas un consentement libre et éclairé, l’officier de l’état civil saisit sans délai le procureur de la République. Il en informe le demandeur. Si le procureur de la République s’oppose à ce changement, le demandeur, ou son représentant légal, peut alors saisir la Présidence du Tribunal de Grande Instance. »
« Les modifications d’état civil par jugement, acte administratif ou autre procédé usuel et régulièrement obtenues à l’étranger, sont opposables en France, sur simple production des documents avec traduction certifiée conforme.
« Pour les étrangers titulaires d’un titre de séjour, une modification ordonnée en France ou à l’étranger, par voie judiciaire, administrative ou autre procédé usuel, fonde le changement des mentions de sexe et de prénoms sur le titre de séjour, même si l’acte originaire étranger n’a pas été modifié. »
[1] Ces chiffres sont tirés de plusieurs études, notamment Giami, A., Beaubatie, E., Le Bail, J., « Caractéristiques sociodémographiques, identifications de genre, parcours de transition médicopsychologiques et VIH/sida dans la population trans. Premiers résultats d’une enquête menée en France en 2010 », Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 22 novembre 2011, n° 42, Institut de Veille Sanitaire et Grant, Jaime M., Lisa A. Mottet, Justin Tanis, Jack Harrison, Jody L. Herman, and Mara Keisling. Injustice at Every Turn: A Report of the National Transgender Discrimination Survey. Washington: National Center for Transgender Equality and National Gay and Lesbian Task Force, 2011
[2] « A l'égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l'accord de l'autre, quand il fait seul un acte usuel de l'autorité parentale relativement à la personne de l'enfant. ». Or, la production du livret de famille ou de l’acte de naissance de l’enfant avec filiation avec l’identité du parent écrite en clair est nécessaire pour prouver sa qualité de parent pour la grande majorité des tiers (administrations, organismes de protection sociale obligatoires et complémentaires, assurances, écoles, hôpitaux, activités extra-scolaires, et autres). En son absence, le refus est quasi-systématique.
[3] A titre d’exemples :
[4] Les études menées sur le sujet depuis 40 ans sont constantes en démontrant qu’en l’absence de conflit, les enfants de parents trans ne subissent pas de perturbation développementale, mais également que le niveau de conflit familial et d’hostilité du parent non trans est facteur de souffrance important : cf. Etude CECOS de l’hôpital Cochin, cité dans l’article du Quotidien du Médecin, « Les enfants des transsexuels vont bien », 11 février 2013 : « ces enfants ont un développement psychomoteur et cognitif tout à fait normal et ils n’ont pas de trouble de l’identité sexuée. ». Richard Green, dans son étude pionnière sur le sujet en 1978 (Green, R (1978). « Sexual identity of thirty-seven children raised by homosexual or transsexual parents. » American Journal of Psychiatry 135: 692-697) a été le premier à relever l’absence de perturbation d’identité sexuée des enfants. Son étude en 1999, Green, R. (1999), « Transsexuals’ Children », IJT 2,4 confirme ce premier résultat et signale l’incidence du conflit parental et la rupture de contact avec le parent « trans » comme le facteur le plus explicatif de la souffrance des enfants dans le cadre d’une telle transition parentale.
[5] Pour une analyse des sources problématiques de la « judiciarisation » des changements d’état civil (articles 60, 61 et 99 du code civil), cf. Montfort et al. Observations et recommandations concernant la Proposition de Loi visant à protéger l’identité de genre, Note préparée à l’attention de Madame la Sénatrice Esther Benbassa, le 12 décembre 2014, pages 8 à 16 (disponible sur demande).
[6] CEDH, P. V. c/. Espagne, 35159 / 09, 30 novembre 2010
[7] Pour les personnes trans « travailleurs non salariés » :cf. Annexe 1, où le RSI refuse d’inscrire les enfants en l’absence d’un livret de famille ou d’acte de naissance de l’enfant montrant la filiation.
[8] Pour une analyse de la question du respect du droit à la vie privée et familiale avec des documents publics d’état civil, accessibles à tout moment par des tiers, traçant explicitement le parcours transidentitaire, cf. Montfort et al. , op cit., pages 18 à 26, disponible sur demande.
[9] Caillavet, Henri, Sénateur, Proposition de Loi tendant à autoriser les traitements médico-chirurgicaux pour les anormalités de la transsexualité et à reconnaître le changement d'état civil des transsexuels, n° 260, Sénat, seconde session ordinaire de 1981-82, annexe au Procès Verbal de la séance du 9 avril 1982